Pourquoi nous aimons les chiens mais mangeons les cochons?

Le spécisme consiste à considérer les intérêts d'une espèce au-dessus de ceux d'une autre de façon arbitraire.

Le spécisme est une discrimination arbitraire basée sur l’appartenance à l’espèce.

Le mot « spécisme » vient de l’anglais « species » qui veut dire « espèce » et est construit de la même façon que le mot « racisme », la discrimination en fonction de la race, et « sexisme », la discrimination en fonction du sexe. 

En effet, ces discriminations sont fondées sur le même principe : on s’appuie sur un critère uniquement biologique pour justifier une différence de traitement.

Est spéciste celui qui favorise les intérêts de sa propre espèce, l’espèce humaine, à l’encontre des intérêts des autres espèces animales. Est également spéciste celui qui favorise certaines espèces animales plus que d’autres.

Par exemple, nous sommes spécistes quand nous négligeons l’intérêt de vivre d’une vache pour satisfaire notre plaisir gustatif. Nous sommes également spécistes quand nous chérissons nos chiens mais mangeons les cochons. Dans les deux cas, nous ne portons aucune considération à l’intérêt de ne pas souffrir et de vivre qu’ont certains animaux, ici les vaches et les cochons. Nous les traitons comme des objets et non comme des sujets.

Classer les êtres vivants en espèces est pertinent et pratique d’un point de vue de la biologie car cela permet d’étudier la nature, d’inventorier les habitats pour les protéger, de restaurer les écosystèmes, de comprendre l’évolution de la vie sur Terre, et de communiquer sur les découvertes ou les extinctions des espèces.

Au contraire, l’appartenance à l’espèce n’est pas un critère pertinent d’un point de vue de l’éthique. Les animaux, dont les humains, sont des êtres sentients : ils sont capables de ressentir des émotions positives et négatives et ils partagent l’intérêt de ne pas souffrir et de vivre. Ainsi, il n’y a pas de différence qui justifie que l’on traite les uns différemment des autres. Les intérêts d’un chimpanzé ne sont pas inférieurs à ceux d’un humain, et ceux d’un sanglier ne sont pas inférieurs à ceux d’un chat. Le spécisme est donc immoral. 

Évidemment, chaque individu doit être traité en fonction de ses intérêts et besoins propres : une abeille n’a pas l’intérêt d’aller au cinéma, de même qu’un ours n’a pas l’intérêt d’apprendre les tables de multiplication. Ils ont par contre l’intérêt de jouir d’un habitat suffisamment vaste et abondant en nourriture.

Le spécisme est un système discriminatoire dominant dans nos sociétés : les animaux nous seraient inférieurs et faits pour nous servir, pour nous nourrir, pour tester nos médicaments, ou pour nous divertir et leur exploitation apparaît comme « nécessaire » et « naturelle ». C’était aussi le cas de l’idéologie raciste qui a perduré pendant des siècles parce que les Blancs étaient convaincus que les Noirs étaient des êtres inférieurs faits pour les servir. Or en quoi le critère biologique « couleur de peau » justifie t-il d’accorder plus de poids aux intérêts des Blancs que ceux des Noirs? Par analogie, en quoi le critère biologique « appartenance à l’espèce humaine » justifie t-il d’accorder plus de poids aux intérêts des humains que ceux des autres animaux? De même, qu’est-ce-qui justifie une inégalité de considération des intérêts des différentes espèces animales? 

Le spécisme est le système dominateur actuel.

L’antispécisme est un concept qui prône une égalité de considération morale des intérêts de chaque individu : les intérêts des humains ne sont pas supérieurs à ceux des autres animaux, et les intérêts des animaux pour qui nous avons de l’affection ne sont pas supérieurs à ceux des animaux que nous exploitons. Ainsi, il est immoral de faire souffrir et tuer un lapin de laboratoire pour tester des substances nocives ou une poule d’élevage pour produire de la nourriture alors que l’on ne le ferait pas à un humain ou à notre chien.

L’antispécisme nous invite à élargir notre cercle de considération morale à tous les individus, quelque soit leur espèce, et à considérer les animaux que nous exploitons, faisons souffrir et tuons comme des victimes et non plus comme des objets insignifiants et remplaçables.

Enfin, l’antispécisme est indispensable pour le bien-être de notre propre espèce. En effet, c’est par spécisme que nous détruisons à outrance les habitats naturels, que nous capturons et tuons des animaux sauvages et que nous élevons des animaux domestiques dans des conditions carcérales intensives. Toutes ces activités favorisent le développement de zoonoses, c’est-à-dire de maladies qui se transmettent des animaux non-humains aux humains, comme le virus du Sida ou celui du Covid-19.

Le système spéciste s’émiette petit à petit dans nos sociétés humaines : des pratiques comme la fourrure, la corrida, et le foie gras sont de plus en plus contestées et interdites, et le véganisme est en plein boom.

Grâce à nos choix de vie, nous pouvons construire un monde plus juste pour les animaux qui nous entourent. Par exemple, en n’investissant pas notre argent dans un produit ou un service synonyme de souffrance animale, en respectant le droit de vivre des animaux, en ne nous considérant pas comme maîtres et dominateurs des êtres vivants.

Pour compléter cet article, lisez Pourquoi l’empathie pour les animaux doit être enseignée dès l’enfance? qui explique que le spécisme apparaît à l’adolescence. En effet, une étude récente a montré que les processus de catégorisation des relations humains-animaux sont le résultat d’une construction sociale qui se construit avec l’âge.

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Références

Peter Singer, La Libération animale (1975), Paris, Payot, coll. « Petite Bibliothèque Payot », 2012

François Jaquet (2017), «Spécisme (A)», dans Maxime Kristanek (dir.), l’Encyclopédie philosophique, https://encyclo-philo.fr/specisme-a