Avoir des animaux de compagnie est-il moral?

Est-il moral d'avoir des animaux de compagnie?

Peut-on garantir le bien-être de nos animaux de compagnie? Quel est le problème avec les NAC? Élever des animaux de compagnie est-il moral?

Un peu d’histoire

Les animaux de compagnie sont ceux que nous gardons pour notre plaisir. Depuis la domestication du loup il y a environ 30 000 ans, nos relations avec ces animaux ont changé au cours du temps. Elles sont notamment déterminés par des schémas socio-culturels propres à chaque époque.

Au Moyen-Âge et à la Renaissance, avoir des animaux de compagnie était interdit par l’Eglise. Pour le christianisme, les animaux avaient été créés pour servir les humains faits, eux, à l’image de Dieu. Les côtoyer constituait une hérésie.

Seuls les classes privilégiées de la société pouvaient se permettre de contourner les lois de l’Eglise. Ainsi, les moines et les nones gardaient divers animaux comme compagnons, tandis que la noblesse se servait de ses chiens de chasse ou de races plus petites comme symboles de son statut social. 

Les classes plus pauvres, elles, n’avaient pas le droit de chasser. La loi leur imposait d’ailleurs de couper le 3e orteil des pattes avant de leurs chiens pour les empêcher d’aller attraper le gibier des terres seigneuriales. De plus, les femmes surprises en compagnie d’animaux étaient qualifiées de sorcières et brûlées. Les chats, symboles de la fertilité et de la sexualité féminine de l’Egypte ancienne, étaient jugés démoniaques et tués avec leurs humains. 

Les tendances évoluèrent au 19e siècle. L’essor des machines fit passer les animaux du statut d’outils de travail à compagnons. C’est donc à cette époque que les premières animaleries et les premiers refuges sont apparus. Toutes les classes sociales pouvaient avoir un animal de compagnie. Cependant, seuls les plus riches possédaient des chiens pure race.

De nos jours, l’industrie des animaux de compagnie est énorme. Au niveau mondial, le marché des produits et services atteint 230 milliards de dollars, dont 5 milliards d’euros en France où un foyer sur deux possède un animal. Ainsi, le nombre d’animaux de compagnie en France s’élève à près de 80 millions, dont 32 millions de poissons, 15 millions de chats, 8 millions de chiens, 12 millions d’oiseaux de basse-cour, 5 millions d’oiseaux de cage, 4 millions de rongeurs et 2 millions d’animaux de terrarium.

Nos animaux sont-ils heureux?

Nos animaux de compagnie sont-ils heureux?

Garantir le bien-être d’un animal de compagnie

Il est déjà bien difficile d’élever nos propres enfants, alors comment garantir le bien-être de nos animaux de compagnie?

Le Farm Animal Welfare Council, reconnu au niveau international, a identifié 5 libertés qui servent de référence pour évaluer le bien-être d’un animal.

La première liberté est celle de ne pas souffrir de faim, de soif ou de malnutrition. Elle implique donc une connaissance des besoins nutritionnels de l’animal et disponibilité abondante d’aliments adéquats.

La deuxième liberté est celle de ne pas souffrir de blessures ou de maladies. Il faut que la biologie de l’espèce ait été suffisamment étudiée, et qu’un vétérinaire suffisamment formé soit facilement consultable par le gardien de l’animal. Il faut aussi savoir manipuler les animaux pour ne pas les blesser ou les tuer, notamment les plus petits.

La troisième liberté est celle de ne pas souffrir d’inconfort physique. Elle nécessite une connaissance approfondie des besoins naturels de l’animal en ce qui concerne ses conditions de vie, comme la température, l’humidité, l’espace vital, et que tous ces paramètres soient optimaux pour l’animal.

La quatrième liberté est celle de ne pas souffrir de stress, de peur, ou d’autres états psychologiques négatifs. Le gardien doit donc être capable de reconnaître un mal-être psychologique chez son animal lié aux conditions de vie, à la captivité, à la manipulation et à la proximité avec des humains. Il doit donc être capable de manier l’animal de façon appropriée et lui fournir des conditions de vie optimales.

La cinquième liberté est celle de pouvoir exprimer ses besoins naturels. Il faut avoir une connaissance approfondies des comportements propres à l’espèce et fournir à l’animal un environnement suffisamment enrichi en stimuli pour lui permettre d’avoir une vie épanouie.

Nos animaux de compagnie ont une liberté limitée par nos comportements.

Ainsi, beaucoup de facteurs qui eux-mêmes dépendent de nombreuses conditions sont nécessaires pour assurer le bien-être d’un animal.

On s’aperçoit assez facilement que des pratiques telles que garder un chien isolé pendant longtemps, avoir des lapins et des oiseaux en cage, couper la queue de certains chiens tels que les dobermans, ou encore utiliser des colliers étrangleurs ou électriques, sont néfastes pour leur bien-être. Mais d’autres pratiques en apparence bienveillantes ou neutres peuvent aisément être sources de mal-être pour les animaux sous notre responsabilité, par exemple en ce qui concerne la nourriture (trop abondante, de mauvaise qualité) ou le dressage (trop intensif, punitif).

Garantir le bien-être d’un animal est d’autant plus ardu que l’accueillir sous notre toit est un engagement sur le long terme, qui demande du temps et de l’argent. Or les animaux peuvent avoir une durée de vie longue, comme les chiens et les chats qui peuvent vivre une quinzaine d’années, ou les perroquets jusque 80 ans.

Tragiquement, certaines personnes perdent rapidement l’interêt d’avoir un animal, notamment à la suite d’achats compulsifs. Par exemple, on peut se désintéresser d’un animal adulte que nous trouvions mignon étant bébé, surtout s’il devient trop grand par rapport à la place que nous pouvons lui accorder. Ou alors on peut se débarrasser d’un animal venimeux, malade ou qui peut mordre, notamment en cas d’accident.

D’autre part, l’évaluation du bien-être d’un animal devrait pouvoir se faire sur des critères objectifs pour représenter le plus précisément possible la réalité de ses conditions de vie. Cependant, les études montrent que nous jugeons la qualité de vie d’un animal de manière subjective. Nous sommes influencés par des croyances qui biaisent la façon dont nous percevons le bien-être des animaux.

 

Certaines races d'animaux de compagnie sont créées avec des problèmes de santé congénitaux.

Ainsi, une étude réalisée par des éthologues français a montré que les propriétaires de chevaux et les soignants travaillant dans les centres équestres sous-estiment les signes de détresse psychologique de leurs chevaux tels que les comportement anormaux et stéréotypés. Les auteurs de cette étude expliquent qu’être constamment entouré par des animaux présentant des signes de souffrance fausse leur perception de ce que devrait être un comportement normal, par un effet de sur-exposition. De même, les médecins et les infirmières ont tendance à sous-estimer le stress de leurs patients pendant les opérations chirurgicales. Par conséquent, sauf s’ils sont formés à la psychologie et à l’éthologie, même les personnes proches des chevaux peuvent ne pas détecter leurs signes de mal-être.

Une autre étude réalisée par des experts en sciences du bien-être animal a montré que les personnes possédant un chien brachycéphale, tel que les bouledogues ou les pékinois, ont tendance à nier ou minimiser ses problèmes respiratoires, voire de les considérer comme normaux. Néanmoins, ces animaux souffrent du syndrome d’obstruction des voies respiratoires brachycéphales qui peut entraîner de graves problèmes de santé chroniques : difficultés pour respirer, intolérance à la chaleur, posture inadaptée, apnée du sommeil, maladies pulmonaires et intestinales, etc. La morphologie brachycéphale est sélectionnée par les éleveurs de chiens et de chats (par exemple pour les races exotic shorthair, persan, etc) car leur physique infantile et mignon nous attire en stimulant notre instinct parental. Ces caractéristiques sont pourtant la cause d’un mal-être irrémédiable pour ces animaux que nous affectionnons tant.

Enfin, notre personnalité a une influence sur le bien-être de nos compagnons. Une étude britannique indique que les personnes avec un fort névrosisme rapportent plus de problèmes de santé chez leur chat que les personnes avec un faible névrosisme. De plus, elles ont tendance à lui limiter l’accès à l’extérieur voire à le garder à l’intérieur en permanence. Ce comportement reflète une attitude surprotectrice et une anxiété exagérée chez ces personnes qui s’inquiètent beaucoup des dangers auxquels peuvent faire face leur chat à l’extérieur. Or les chats qui n’ont pas la liberté de sortir sont susceptibles de développer des troubles du comportement liés au stress. Les résultats de cette étude concordent avec les recherches portant sur le lien entre la personnalité des parents, le type d’éducation parentale et le comportement des enfants. Des résultats similaires ont été trouvés pour les chiens. Au contraire, les personnes au profil d’agréabilité, d’ouverture aux expériences, d’extraversion ou de conscienciosité élevées rapportent un bien-être satisfaisant chez leur chat.

Nos animaux de compagnie sont parfois le reflet de nos désirs.

Les reflets de nos désirs 

Les animaux de compagnie sont souvent le reflet de nos désirs. Ainsi, les animaux qui ont des problèmes de santé héréditaires, ou des problèmes de comportement comme l’anxiété ou la peur chroniques, sont perçus comme étant vulnérables et dépendants. Ces caractéristiques augmentent notre attachement à leur égard. Nous avons donc sélectionné des animaux petits, anxieux, soumis et fragiles, comme les Chihuahua, pour satisfaire notre désir de prendre soin des autres. Mais est-il moralement acceptable de créer volontairement des animaux chétifs, susceptibles de développer de multiples problèmes de santé tout au long de leur vie, voire de la raccourcir prématurément?

Cette question s’applique à l’ensemble des races d’animaux de compagnie. En effet, les biologistes ont montré qu’un animal pure race a plus de risques de développer des maladies génétiques, telles que le cancer, la myélopathie dégénérative et bien d’autres, qu’un animal de race hybride, ou que le loup, l’ancêtre de nos chiens. Chez les chiens comme les caniches, bouledogues, pugs, bassets et d’autres races, il existe une forte corrélation entre les caractéristiques morphologiques typiques de la race, et la présence de maladie génétique. Les maladies peuvent varier selon la race, mais globalement, les chiens pure race sont clairement à risque. Cela s’explique par la sélection artificielle des animaux qui s’effectue activement depuis les 200 dernières années. Chaque race est représentée par une population trop peu importante pour assurer une diversité génétique suffisante. La consanguinité qui en résulte provoque l’apparition de ces maladies génétiques. 

 

Pourquoi volontairement faire naître des animaux de compagnie avec des tares génétiques?

Dans certains cas, on sait quel est critère morphologique qui a une incidence sur la santé des animaux. Par exemple, la surdité héréditaire est associée à la pigmentation blanche du pelage chez les chiens, les chats, les lapins, les chevaux, les visons, les furets, les vaches, les cochons de la race Rongchang, les lamas et les alpagas. Elle est aussi liée à la couleur des yeux bleue chez les chiens et les chats. 

Par conséquent, la création de races d’animaux et leur élevage posent de nombreux problèmes éthiques. Alors comment justifier la perpétuation de mal-être pour ces animaux qui sont membres à part entière de notre famille et dont les souffrances et la mort nous dévastent?

Cependant, on peut s’interroger sur la moralité d’élever des animaux de compagnie même s’ils n’y avait pas de conséquences sur leur état de santé.

Premièrement, les conditions de vie des animaux élevés sont parfois choquantes. Il existe par exemple des établissements où les chiens sont élevés de façon intensive. Ces bâtiments malsains abritent un grand nombre d’animaux enfermés dans des cages minuscules, grillagées et sales, qui survivent sans interactions avec les humains ni de soins médicaux, qui présentent des comportements anormaux et des stéréotypies, qui sont mal nourris et parfois laissés morts au milieu des autres. Les animaux reproducteurs sont inséminés à la chaîne, et ils transmettent d’ailleurs in utero leur stress aux futurs chiots. En Europe, on trouve ce genre d’établissements dans des pays comme la Hongrie et la Slovaquie qui vendent des chiots non sevrés à d’autres pays, dont la France.

De nombreux problèmes existent également dans les élevages plus petits. Le confinement des animaux augmentent le risque de transmission de maladies propres à l’espèce considérée, comme la péritonite infectieuse féline, une maladie grave fréquente dans les élevages de chats, et de zoonoses.

Le marché des animaux de compagnie est énorme.

 

De plus, la vente d’animaux dans les animaleries pose un autre dilemme moral. D’abord, le transport et les manipulations du lieu d’élevage au lieu de vente peuvent traumatiser le jeune animal qui développera par la suite des problèmes de comportement. D’ailleurs, les chiens vendus dans les animaleries ont un risque élevé de présenter de sérieux problèmes de comportement. En effet, ces chiens, souvent séparés de leur mère trop tôt, ont peur des humains, des autres chiens et des enfants. Ils sont destructeurs, aboient beaucoup, sont très possessifs envers leurs jouets et recherchent constamment l’attention. Ils peuvent aussi être agressifs et se montrer dominants envers les humains, notamment leur gardien et sa famille.

Les conditions dans lesquelles sont gardés les animaux jusqu’à la vente peuvent aussi être des sources de mal-être, notamment si les animaux vivent isolés. En effet, les interactions sociales sont cruciales pour les chiots qui sont en phase d’apprentissage des comportements à adopter à l’âge adulte. En outre, les bruits, les lumières, les odeurs, les manipulations par plusieurs humains inconnus et les autres animaux représentent des facteurs de stress. Plus ils restent longtemps dans l’animalerie avant d’être vendus, plus le stress est grand.

Dans n’importe quel élevage, l’animal de compagnie est considéré comme un bien à vendre, comme un produit de consommation auquel on attribue un prix, comme la future propriété d’un acquéreur. Évidemment, il est possible d’acheter un animal et en même temps de l’aimer et le traiter du mieux possible. Mais cela pose la question de son statut. Combien vaut une vie? Pourquoi un chat pure race n’a pas la même valeur monétaire qu’un chat « de gouttière », terme péjoratif qui distingue des animaux qui pourtant peuvent ressentir les mêmes émotions et souffrir de la même manière? Mettre un prix sur une vie ne dénature t-il pas sa valeur intrinsèque?

En mettant un prix sur un animal, son statut n’est pas celui d’un individu sujet de sa vie, mais celui d’un objet au service de nos intérêts. Bien sûr, il est possible de faire reproduire des animaux sans les vendre, mais leur statut reste le même : celui d’un animal-objet qui existe pour satisfaire nos désirs. Par exemple, le désir de prendre soin d’un petit être vivant. Ou celui d’appartenance et de reconnaissance sociales. Aussi, en Russie, les chiens Rottweiler, vendus à un prix élevé, sont un symbole de richesse et de prestige. Acquérir un Rottweiler pour garder sa maison montre que nous y avons des choses luxueuses. C’est un symbole de différenciation sociale.

Peut-on mettre un prix sur nos animaux de compagnie?

 

C’est aussi le cas des nombreuses autres races de chats et de chiens pour lesquelles nous payons des fortunes, non seulement pour acheter l’animal mais aussi tous les accessoires ostentatoires, tels que les sacs de transport, les bijoux ou les vêtements qui l’objectifient encore plus. L’animal est alors un accessoire, qui suit d’ailleurs des effets de mode.

L’acte de sélectionner des races est en lui-même révélateur de notre rapport à ces animaux-objets. Nous créons des animaux à poils longs, courts, hypoallergènes, soyeux, blancs, tachetés, aux formes de visage et dimensions sur-mesure. Nous créons même des animaux sans poils, un comble pour des mammifères! Ces animaux ont des caractéristiques attendues et calibrées en fonction d’un cahier des charges. Nous jouons aux Dieux en sélectionnant l’objet de nos désirs par eugénisme.

Ainsi, même si l’animal-objet est généralement considéré comme un membre de la famille, son existence est déterminée par des désirs humains. D’ailleurs l’animal de compagnie est définit juridiquement comme un « animal détenu par l’homme pour son agrément ». En d’autres termes, les animaux de compagnie sont des moyens au service d’une fin humaine. Leur vie nous appartient, nous en sommes « propriétaire ». Tel un jouet, nous l’achetons de façon impulsive, ou nous l’offrons comme cadeau. Nous le déguisons. Nous lui retirons ses griffes. Nous le stérilisons pour le rendre plus docile et nous faciliter la vie, dédaignant ainsi sa biologie. Nous décidons quand il sort, mange ou joue. Nous l’euthanasions par convenance.

Trop nombreux sont les animaux de compagnie abandonnés.

 

Pourtant, ce sont des êtres sentients capables de ressentir des émotions, qui ont une conscience, qui partagent une culture, et qui font preuve de capacités cognitives développées. Or n’ont-ils pas le droit de ne pas être traités comme des choses au service des humains? Leur vie n’a t-elle pas de valeur en soi? S’ils ne sont pas des choses mais bien des individus sentients à part entière, alors est-il moralement acceptable de les élever seulement pour perpétuer nos désirs, nos envies et nos plaisirs?

En outre, les nombreux animaux victimes de maltraitances ou d’abandons sont un corollaire de la multiplication du nombre d’animaux de compagnie. En France, 100 000 animaux sont abandonnés chaque année, surtout pendant les vacances d’été. Pour lutter contre la maltraitance animale une nouvelle loi qui renforce les sanctions contre les maltraitances et les abandons a été promulguée en France en novembre 2021. C’est une belle avancée pour la cause animale. Néanmoins, même si cette loi représente un espoir pour l’amélioration du bien-être des animaux de compagnie, ceux-ci sont toujours considérés comme des biens.

Enfin, partout dans le monde, les populations de chats et de chiens errants sont importantes. Les abandonner, les laisser divaguer et ne pas les stériliser accentuent le nombre de ces vagabonds. Le bien-être de ces animaux est compromis car ils ont des difficultés pour se nourrir et rester en bonne santé. Contrairement aux animaux sauvages, ils ont évolué au contact des humains. Par conséquent, leur présence, en ville ou ailleurs, et leur bien-être, ne devraient-ils pas être de notre responsabilité?

Le problème des NAC

Le bien-être des animaux exotiques

L’exploitation des animaux de compagnie pour communiquer notre statut social, ou encore comme outils au service des besoins humains pose d’autant plus de problèmes éthiques que, malgré toute notre bonne volonté, il peut être difficile de leur offrir des conditions de vie qui maximisent leur bien-être.

Cela l’est encore plus pour les animaux exotiques au sujet desquels peu de recherches vétérinaires ont été faites, sur lesquels il existe peu d’information sur leurs besoins, peu de médicaments et peu de spécialistes pour les soigner, et dont les comportements sauvages sont plus difficilement interprétables que ceux des animaux comme les chats, les chiens ou les chevaux que nous connaissons mieux.

Garder des animaux exotiques comme animaux de compagnie est une tendance relativement récente. Ces animaux sont les reptiles, les perroquets, les amphibiens, les lapins, ou les rongeurs tels que les rats, les cochons d’Inde et les octodons. On les regroupe sous l’appellation NAC, pour nouveaux animaux de compagnie. Ces NAC ont des besoins spécifiques qui ne peuvent généralement pas être assurés en captivité.

 

Les nouveaux animaux de compagnie s'adaptent mal à la vie en captivité.

 

C’est pourquoi les experts en bien-être animal ne recommandent pas de garder des reptiles ou des amphibiens en captivité. En effet, 75% des reptiles meurent un an après leur acquisition. C’est le cas du python royal (Python regius), une des espèces exotiques de reptiles les plus populaires. Le python royal provient notamment du Togo d’où ont été exportés 2 millions d’animaux 40 ans. La demande pour ces serpents de petite taille et réputés dociles est forte car leur élevage permet de créer de multiples couleurs attirantes aux yeux des acheteurs.

Ces pythons ont besoins vitaux stricts notamment en ce qui concerne l’humidité, la température, l’hygiène, l’espace, l’éclairage et l’alimentation. Malheureusement, une étude portant sur 5000 pythons nord-américains et européens captifs a révélé que les éleveurs et les vendeurs les gardaient dans des conditions peu satisfaisantes pour leur bien-être et qu’ils ne fournissaient aucun conseil aux acheteurs. Il est donc probable que ces pythons souffrent de blessures, de stress et de maladies tout au long de leur vie. 

La sélection de nouvelles couleurs favorise la consanguinité, ce qui entraîne des problèmes génétiques avec des conséquences négatives sur leur santé. De plus, les méthodes de capture dans la nature, le transport et les fermes d’élevage engendrent beaucoup de stress et de blessures physiques. (Photos : pythons aux différentes couleurs; fermes d’élevage)  

Tous ces problèmes sont aggravés par le manque d’études scientifiques sur le bien-être de cette espèce. Comment alors continuer à commercialiser et garder captifs ces animaux sans connaissances approfondies de leurs besoins? La popularité de cette espèce peut-elle justifier de continuer à capturer, élever, commercialiser et emprisonner des millions d’animaux dont le bien-être est menacé, de leur naissance à leur mort?

Enfin, la captivité et l’utilisation de proies telles que des rongeurs pour nourrir ces serpents posent également des problèmes éthiques. Tout comme leur prédateur captif,  leur bien-être peut être compromis à toutes les étapes de leur exploitation. Comment justifier l’élevage de ces animaux dans le seul but d’être tués pour nourrir d’autres animaux que nous emprisonnons? La vie du rat-nourriture a t-elle moins de valeur que celle du serpent-animal-de-compagnie? Et la vie d’un rat-animal-de-compagnie a t-elle plus de valeur que celle du rat-nourriture?

Comme les reptiles, les perroquets vivent très mal en captivité. En effet, ils sont très sensibles à leur environnement et à la qualité de l’alimentation. Or la plupart des oiseaux sont gardés dans des cages trop étroites, à peine 5 à 10 fois leur poids. Il ont une nourriture trop facilement accessible qui ne requiert aucune manipulation de leur part. Par méconnaissance de leurs relations sociales, nous nous comportons de façon ambiguë avec eux, ce qui perturbe leur comportement reproducteur. De plus, les oiseaux sont gardés à l’intérieur, dans un environnement ennuyeux, pauvre en stimuli. 

C’est pourquoi les perroquets présentent de nombreux troubles, tels que des comportements anormaux et des stéréotypies, typiquement observés chez les animaux captifs. Ainsi, ils peuvent pratiquer l’automutilation de leurs plumes, leur peau et leurs muscles thoraciques et alaires. Ce syndrome aboutit souvent à l’euthanasie. 

D’autre part, la bonne santé des plumes dépend aussi de la taille et du matériau de la cage, de la présence ou l’absence d’autres oiseaux, du taux d’humidité, de la photopériode et de la qualité de la nourriture. Cependant, la plupart des oiseaux sont nourris avec une alimentation carencée. 

Les stéréotypies sont des troubles du comportement qui révèlent un mal-être psychologique. Les plus communes chez les perroquets captifs sont le cri, une masturbation excessive, une mutilation des plumes et un prolapsus du cloaque, qui est une affection grave caractérisée par une descente de l’organe.

Certains troubles du comportement peuvent être réduits en améliorant les conditions de vie des perroquets et en leur permettant de prendre des décisions, par exemple pour choisir leur nourriture. Cependant, n’est-il pas paradoxal d’emprisonner un animal, l’oiseau, qui est le symbole même de la liberté? En gardant des oiseaux captifs, quelle valeur donnons-nous à ce mot pourtant si cher à nos yeux?

De nombreux animaux exotiques sont capturés dans la nature. Les méthodes de captures sont souvent cruelles. Par exemple, on applique de la glue sur les branches pour attraper les oiseaux, ce qui provoque la mort de beaucoup d’entre eux. On peut aussi décimer directement les habitats, comme lors de la destruction des nids ou l’utilisation de cyanure dans l’eau pour collecter les poissons tropicaux. Ce poison finit non seulement par tuer les poissons ciblés mais aussi les autres animaux ainsi que leurs oeufs et leurs larves. 

Ceux qui survivent à la capture peuvent voyager pendant très longtemps dans des conditions d’hygiène insuffisantes et entassés dans de petites cages. D’ailleurs, environ 70% des oiseaux sauvages capturés meurent au cours du transport du lieu de capture au lieu de vente. 

 

Il est quasiment impossible de garantir le bien-être des nouveaux animaux de compagnie.

Une menace pour la biodiversité

Capturer des animaux dans leur habitat naturel pose le problème de la conservation de la biodiversité car on détruit des populations sauvages. A terme, ce sont des espèces entières qui sont menacées. 

Le trafic illégal d’animaux sauvages est un des plus lucratif au monde au même titre que le commerce d’armes à feu ou de drogue. En parallèle, le marché légal des animaux exotiques est lui aussi très lucratif et en augmentation. Par exemple, on l’estime à 1,5 million de dollars rien que pour les reptiles aux États-Unis. Dans le monde, 2 à 5 millions d’oiseaux ont été vendus dans les années 1990, et plus de 20 millions de reptiles ont été importés en Europe entre 1996 et 2012. Mais ce sont les poissons exotiques qui sont le plus importés. Les États-Unis sont en tête avec 11 millions d’animaux appartenant à 2300 espèces différentes par an. 

La CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction) a pour but de réguler le commerce d’espèces sauvages pour qu’il ne menace pas leur survie. Ainsi, certaines espèces sont autorisées à la vente sous certaines conditions, notamment selon la viabilité des populations sauvages. Cependant, il est très difficile de suivre le nombre d’animaux capturés dans la nature, d’identifier correctement les espèces qui transitent d’un pays à l’autre et de démanteler les trafics illégaux. 

Comment, dans ces conditions, s’assurer de la pérennité d’une espèce? En outre, établir des listes d’espèces autorisées ou non au commerce valide implicitement l’idée de l’animal-objet. Or, quelque soit l’espèce à laquelle il appartient, la vie et la liberté d’un animal doivent-elles dépendre du degré de menace qui pèse sur son espèce?

De plus, la demande pour des animaux exotiques ne dépend pas toujours de la légalité ou non du commerce. Par exemple, les espèces de reptile qui sont vendues les plus chères sont souvent celles dont la peau est atypique, très colorée et à motifs. En effet, la rareté d’une espèce augmente sa désirabilité aux yeux des consommateurs. 

Le marché des nouveaux animaux de compagnie contribue à la destruction de la biodiversité.

 

C’est le cas du python vert (Morelia viridis) qui figure parmi les reptiles les plus commercialisés du monde. Ces petits serpents vivent au nord de l’Australie, en Papouasie-Nouvelle-Guinée et en Indonésie. Ils sont populaires à cause de la coloration et des motifs de leur peau qui varient en fonction de la localité où ils naissent. Or plus la coloration et les motifs sont rares, plus les serpents sont chers, les prix pouvant atteindre 3000 dollars. Le python vert est listé par la CITES et est entièrement protégé en Australie et en Indonésie. Pourtant, entre 2000 et 2009, 50 000 pythons indonésiens ont été exportés illégalement à l’étranger, notamment aux États-Unis, en France et en Allemagne. La demande pour ces serpents entraine un déclin des populations sauvages, surtout là où ils sont le plus rares.

Tout comme pour d’autres reptiles, le python vert est capturé dans son habitat naturel ou est élevé uniquement pour satisfaire notre désir de posséder un animal rare, aux jolies couleurs. La vie d’un individu doit-elle dépendre de la valeur esthétique que nous lui attribuons?

Le commerce des espèces exotiques est une menace non seulement pour leurs habitats d’origine, mais aussi pour ceux dans lesquels elles sont introduites. En effet, de nombreux animaux exotiques sont relâchés volontairement ou s’échappent. Si elles s’établissent dans leur nouvel habitat, ces espèces dites invasives causent des dégâts à l’écosystème local, à la chaîne alimentaire, apportent des maladies, entrent en compétition avec les espèces indigènes et peuvent causer leur extinction. C’est par exemple le cas de la tortue de Floride qui met en péril la survie de la cistude d’Europe. Par conséquent, les animaux sauvages victimes des espèces invasives voient eux aussi leur bien-être s’appauvrir.

Ainsi, garder des animaux de compagnie issus d’espèces exotiques pose de nombreux problèmes éthiques. D’abord, à l’échelle des écosystèmes qui se dégradent. Ensuite, à l’échelle des individus. En effet, ces animaux d’origine sauvage qui vivent en captivité souffrent souvent d’un mal-être physique et psychologique. En outre, ces animaux sauvages ont, malgré eux, un impact négatif sur d’autres animaux.

Adoptons nos animaux de compagnie au lieu de les acheter!

De l’animal-objet à l’animal de compagnie

 

Refuser de considérer les animaux de compagnie comme des biens à notre service n’est pas incompatible avec le fait de vivre avec eux. Avoir un animal de compagnie en étant enfant favorise le développement d’attitudes positives envers tous les animaux une fois adulte. Cela contribue aussi à notre propre bien-être. Cependant, il n’est pas nécessaire de faire naître ou de capturer des animaux pour en avoir.

En effet, nous devons prendre soin de ceux qui sont déjà nés. Les refuges, partout dans le monde, sont surchargés d’animaux maltraités et abandonnés, à tel point qu’ils sont contraints de tuer une partie des animaux pour faire de la place à d’autres. 

C’est pourquoi nous avons la responsabilité morale d’adopter nos animaux de compagnie au lieu de provoquer de nouvelles naissances. Évidemment, la décision d’adopter un animal doit reposer sur une réflexion raisonnée et une recherche approfondie sur leurs besoins pour leur offrir des conditions de bien-être optimal.

De plus, nous pouvons prendre soin d’animaux de compagnie, domestiques ou sauvages en devenant bénévoles dans des refuges ou des centres de réhabilitation. Ces structures ont toujours besoin d’aide et de moyens financiers.

Donc, par l’adoption ou le bénévolat, nous pouvons tisser des relations pacifiées avec nos compagnons non-humains, en leur offrant la meilleure vie possible, sans les objectifier, en devenant leur « gardien » et non plus leur « propriétaire ».

Pour aligner l’amour et le respect que nous portons à nos animaux de compagnie avec nos choix de vie, le crédo est simple : ne pas faire procréer, ne pas acheter, adopter, aider.

Références

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Jennah Green et al. 2020. Blind Trading: A Literature Review of Research Addressing the Welfare of Ball Pythons in the Exotic Pet Trade. Animals, 10, 193

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Plus de références