
En droit comme en philosophie, la question des droits des animaux ne va pas de soi.
Des personnes réifiées.
L’éthique animale s’intéresse à la moralité de nos actions envers les animaux, donc à nos devoirs envers eux et à leurs droits. Cette question est à la fois philosophique et juridique.
En France et dans le monde, le statut juridique des animaux est incohérent. Des lois de protection des animaux existent pourtant mais elles diffèrent selon l’usage que les êtres humains font des animaux. Par exemple, un lapin domestique ne sera pas soumis à la même législation selon que nous l’utilisons comme animal de laboratoire ou animal de compagnie. Ainsi, il est légal de faire souffrir les premiers dans le cadre d’études médicales alors que la loi prévoit de punir les actes de cruauté commis envers les seconds.
En outre, le droit français (et celui d’autres pays) est particulièrement flou en ce qui concerne le statut des animaux. En effet, en droit, on distingue les biens, c’est-à-dire des choses qui appartiennent à quelqu’un, des personnes. Les droits et devoirs à l’égard des biens ou des personnes sont évidemment différents. On ne va pas traiter de la même façon une lampe et un chat! Or, dans les textes, les animaux sont officiellement qualifiés d’êtres vivants doués de sensibilité. Mais étonnamment, ils sont aussi soumis au régime des biens.
Les animaux sont-ils donc des personnes ou des biens? S’ils ne sont ni l’un ni l’autre, que sont-ils? Ou plutôt, qui sont-ils?
On pourrait n’accorder le statut de personne qu’aux êtres vivants doués de raison, à ceux qui nous semblent intelligents et qui sont capables de parler, et laisser les autres dans la catégorie des biens. Mais dans ce cas pourquoi, lorsque l’on considère l’espèce humaine, qualifier de personne et non pas de bien les nourrissons, les jeunes enfants, les séniles et les personnes souffrant d’une déficience mentale sévère?
La raison, la parole et notre perception de l’intelligence sont donc des critères insuffisants pour justifier le statut de chose que nous donnons aux animaux. En effet, si nous appliquions le principe de justice qui consiste à traiter les cas semblables de manière semblable, alors nous devrions aussi octroyer le statut de personne aux animaux.
C’est la vision du « Nonhuman Rights Project » qui milite en faveur des grands singes, des éléphants, des dauphins et des baleines.
Cependant, qu’en est-il des autres espèces animales? Avons-nous un devoir moral plus important envers les éléphants qu’envers les perroquets? Doit-on plus respecter la vie d’un chimpanzé que celle d’un chat? D’un chien que celle d’un cochon? Et au sein de chaque espèce animale, tous les individus ont-ils les mêmes droits?
Certains philosophes et juristes proposent de créer une catégorie intermédiaire entre les biens et les personnes : celle des personnes non-humaines.
Parce que les animaux sont doués d’une sensibilité, ressentent des émotions, peuvent souffrir et sont sujets de leur vie, ne devrions-nous pas les qualifier de personnes voire de personnes non-humaines, et à cet égard leur accorder des droits plus importants, au lieu de les laisser dans la case « chose »?
En effet, les animaux n’ont-ils pas droit au bien être? A ne pas être utilisés comme moyen d’une fin? D’habiter sur cette planète? D’avoir une vie épanouie? D’avoir une vie digne? De pouvoir satisfaire leurs besoins? De jouir de leurs capacités physiques et mentales? N’ont-ils pas un droit fondamental à la vie?
Trois principes simples pour mieux respecter les animaux.

Les réponses que nous donnons à ces questions affectent la vie des milliards d’animaux non-humains qui vivent sur la planète. En effet, nombreuses sont nos activités qui ont un impact plus ou moins direct sur les êtres vivants qui nous entourent.
Dès lors, même si le droit animalier français, comme celui d’autres pays, est lacunaire, incohérent et finalement injuste, cet aspect sociétal ne doit pas nous dédouaner de notre responsabilité personnelle. Par devoir moral, nous devons donc adapter nos choix de vie pour les rendre les plus équitables possibles envers les animaux.
Concrètement, nous pouvons mieux respecter les droits des animaux en adoptant trois principes.
Premièrement, il faut faire preuve d’empathie envers les animaux qui nous entourent. En se mettant à leur place, nous pouvons nous demander si nos décisions les concernant sont justes et leur offrent une vie suffisamment épanouie.
Deuxièmement, pour accentuer notre capacité d’empathie et offrir la meilleure vie possible aux animaux, il faut comparer les conditions de vie que nous leur accordons avec celles de leurs ancêtres ou de leurs homologues sauvages. En effet, leurs besoins fondamentaux sont identiques.
Troisièmement, il faut faire preuve d’esprit critique sur nos habitudes de vie. Sont-elles compatibles avec le bien-être des animaux et leur droit à une vie digne? Sont-elles cohérentes avec nos valeurs? Si ce n’est pas le cas, comment pouvons-nous les modifier?
La question des droits des animaux n’est pas seulement l’apanage des juristes et des philosophes. Elle nous concerne tous. Elle nous renvoie à nos valeurs. Elle nous rend meilleur.
Et vous, pensez-vous que les animaux ont des droits et nous des devoirs envers eux?
Références
Jean-Baptiste Jeangène Vilmer. Éthique animale. Préface de Peter Singer. Paris, Presses universitaires de France (PUF), 2008. Collection « Ethique et philosophie morale ». 304 pages.
Jean-Baptiste Jeangène Vilmer. L’éthique animale. Paris, Presses universitaires de France (PUF), 2018. »Que sais-je ? » n°3902. 127 pages.