
En éthique animale, on distingue deux positions qui diffèrent sur le statut que l’on accorde aux animaux : le welfarisme et l’abolitionnisme.
Des cages dorées…
Premièrement, le welfarisme s’intéresse au bien-être des animaux qui sont sous notre tutelle (welfare veut dire bien-être en anglais). Le bien-être d’un animal fait référence à sa qualité de vie et englobe sa santé physique et sa santé psychologique.
Les associations et les groupes qui prônent le welfarisme se demandent comment améliorer les conditions de vie des animaux utilisés, par exemple, en élevage ou dans les laboratoires.
Leur démarche s’appuie sur les cinq libertés fondamentales pour le bien-être animal, issues des travaux du Farm Animal Welfare Council britannique datant de1979 et reconnues au niveau international. Ces cinq libertés sont :
- Ne pas souffrir de la faim ou de la soif
- Ne pas souffrir d’inconfort
- Ne pas souffrir de blessures, de douleurs ou de maladies
- Ne pas éprouver de peur ou de détresse
- Pouvoir exprimer les comportements propres à l’espèce
La science du bien-être animal est une discipline à part entière, basée sur ces cinq libertés, qui combine l’éthologie et les sciences vétérinaires pour étudier la qualité de vie des animaux. Les résultats de ces recherches peuvent avoir des implications dans le domaine juridique et favoriser des réformes des lois concernant notamment les conditions de capture, d’élevage, de transport, de détention et de mise à mort des animaux.
Par exemple, l’étude des dommages induits par le confinement des poules pondeuses a contribué, en Europe, au bannissement de l’élevage en batterie au profit d’un élevage sans cage ou en cage aménagée présentant quelques améliorations. Toutefois, ces cages améliorées ne respectent pas les cinq libertés citées plus haut et certains pays se sont engagés à les interdire aussi. En effet, dans un élevage en batterie, l’espace vital d’une poule est un peu moins grand que la taille d’une feuille A4, alors que dans une cage améliorée il est un peu plus grand que la taille d’une feuille A4… Autant dire que le bénéfice accordé à ces poules est quasi nul.
Une autre conclusion présentée par les études sur le bien-être animal est que l’attachement psychologique entre une mère vache et son bébé veau augmente rapidement dans les 48 heures après la naissance. Or les veaux sont séparés de leur mère pour qu’ils ne boivent pas leur lait, puisque nous le prélevons pour notre consommation. Il est donc recommandé de séparer les bébés de leur mère le plus vite possible après la naissance. Malgré tout, cette séparation provoque beaucoup de détresse chez les mères, qui subissent ce traumatisme plusieurs fois au cours de leur vie, et leurs bébés ensuite isolés dans des cages seuls.
Le welfarisme vise donc à réduire les souffrances induites par les modes d’exploitation des animaux. Plus particulièrement, le welfarisme rejette les souffrances inutiles, c’est-à-dire celles qui sont évitables.
Néanmoins, ce sont les humains qui décident si les souffrances sont utiles et nécessaires, ou pas. Faire souffrir son lapin domestique en lui mettant un produit chimique dans l’oeil pour se divertir est-il nécessaire et utile? Faire souffrir de la même façon un lapin de laboratoire pour tester un nouveau médicament est-il nécessaire et utile? Dans les deux cas, le lapin souffre. Cependant, le premier cas est illégal, alors que le deuxième est légal, voire règlementairement obligatoire.

… ou des cages vides?
Deuxièmement, l’abolitionnisme ne prône pas l’amélioration du bien-être des animaux mais la fin de leur exploitation, c’est-à-dire de leur utilisation en tant que biens exploitables, de choses, au service des humains qui en tirent un bénéfice. Ainsi, l’abolitionnisme vise à donner des droits aux animaux.
Pour les abolitionnistes, les souffrances infligées aux animaux ne sont ni utiles ni nécessaires, et injustifiables. En effet, les animaux ne sont-ils pas les sujets de leur vie? N’ont-ils pas des intérêts? Celui de vivre sans souffrance? Celui de poursuivre leur vie dignement? Celui d’exprimer leurs comportements quand ils le désirent? N’ont-ils pas droit à la santé et l’intégrité corporelles? À l’accès aux sources de plaisir? À la liberté de mouvement, de jouir de leur sens, d’avoir des interactions sociales, de jouer?
Pour les abolitionnistes, les animaux ne doivent pas être traités comme des moyens au service des humains, mais comme une fin. En d’autres termes, la vie d’un animal a une valeur inhérente. Il faut donc traiter chaque animal en considération de celle-ci.
L’abolitionnisme ne s’oppose pas aux relations entre les humains et les autres animaux, mais à l’asservissement de ces derniers par les premiers. Forcer des chats à se reproduire dans le but de s’enrichir en vendant leurs petits représente une forme d’exploitation, alors qu’adopter un chat abandonné dans un refuge surpeuplé dans lequel il risque la mort par euthanasie ne l’est pas.
Le welfarisme et l’abolitionnisme ne sont pas forcément en contradiction : améliorer à court terme les conditions de vie des animaux peut parfois être une étape essentielle pour atteindre le but à long terme des droits des animaux. En effet, les changements sociétaux se font parfois progressivement. Par exemple, en France, les récents débats sur l’interdiction de l’élevage des poules en cage pourraient servir de tremplin vers la promulgation de lois plus inclusives et radicales ciblant d’autres espèces et aspirant à l’abolition de l’élevage intensif.
Cependant, on peut se demander pourquoi ne pas tout simplement cesser les pratiques immorales à court terme et ancrer ainsi ces nouvelles valeurs sociétales sur une vision du long terme. Favoriser les réformes sur les conditions de vie des animaux ne permet-il pas de prolonger leur exploitation au lieu d’abolir leur exploitation? Le welfarisme ne sert-il pas à nous donner bonne conscience sans véritablement considérer les intérêts des animaux?
Un animal n’existe t-il que pour servir nos envies et nos désirs? Ou a t-il simplement le droit de profiter pleinement de sa vie et de ses plaisirs?
Et vous, vers quelle position penchez-vous? Êtes-vous plutôt welfariste ou abolitionniste?
Références
Jean-Baptiste Jeangène Vilmer. Éthique animale. Préface de Peter Singer. Paris, Presses universitaires de France (PUF), 2008. Collection « Ethique et philosophie morale ». 304 pages.
Directive du Conseil européen 1999/74/CE https://fr.wikipedia.org/wiki/Directive_du_Conseil_européen_1999/74/CE