L’éthique animale en 19 textes historiques

19 citations historiques relatives à l'éthique animale.

Voici un bref aperçu des positions de quelques personnages connus sur nos rapports envers les animaux. Le but n’est pas de discuter des points de vue des uns et des autres en détail, mais de montrer que la question animale s’inscrit dans l’Histoire. On ne peut malheureusement que constater que les débats qui ont traversé les siècles sont toujours d’actualité, puisque l’exploitation et la souffrance des animaux pris individuellement, notions à la base de l’éthique animale, sont monnaie courante dans nos sociétés contemporaines. Ces citations historiques sont tirées du formidable ouvrage « Anthologie d’éthique animale. Apologies des bêtes. » de Jean-Baptiste Jeangène Vilmer (2011).

Cessez, mortels, de souiller vos corps par des aliments sacrilèges. N’avez-vous pas les moissons? N’avez-vous pas des arbres qui ploient sous leurs fruits et des vignes chargées de raisin ? […] La terre, prodigue de ses trésors et de délicieux aliments, ne vous fournit-elle pas une nourriture qui ne coûte ni meurtre ni sang ? […] Grands dieux ! Quel crime d’engloutir des entrailles dans ses entrailles, d’engraisser avidement son corps d’un autre corps, et de vivre de la mort d’un être vivant comme nous !

Pythagore (580-497 av. J.-C.), philosophe et mathématicien grec. 

Les enfants issus de la même origine, c’est-à-dire des mêmes père et mère, sont, disons-nous, apparentés par nature les uns aux autres ; et en outre, nous disons que les descendants des mêmes grands-parents sont apparentés les uns aux autres tout comme les citoyens d’une même cité le sont par la communauté de la terre et de leurs relations mutuelles […] Pareillement, nous posons que tous les hommes mais aussi tous les animaux sont de la même race parce que les principes de leur corps sont par nature les mêmes […] et beaucoup plus encore parce que l’âme qui est en eux n’est pas différente par nature, sous le rapport des appétits, des mouvements de colère, des raisonnements aussi et par-dessus tout des sensations. […] Dès lors, notre injustice est grande lorsque nous faisons périr les animaux non féroces aussi bien que les animaux féroces […]. 

Théophraste (371-228 av. J.-C.), philosophe grec. 

Je te demande avec étonnement quel motif ou plutôt quel courage eut celui qui le premier approcha de sa bouche une chair meurtrie, qui toucha de ses lèvres les membres sanglants d’une bête expirante, qui fit servir sur sa table des corps morts et des cadavres, et dévora des membres qui, le moment d’auparavant, bêlaient, mugissaient, marchaient et voyaient ? Comment ses yeux purent-ils soutenir l’aspect d’un meurtre ?

Plutarque (46-125), philosophe grec. 

Des ânes. Beaucoup de travaux n’auront d’autre salaire que la faim, la soif, la misère, la bastonnade et l’aiguillon. Des choses qu’on mange après les avoir tuées. À celles qui les nourrissent, ils infligeront une mort barbare dans les tortures.

Léonard de Vinci (1452-1519), artiste, scientifique et philosophe italien. 

Je n’ai pas su voir seulement sans déplaisir poursuivre et tuer une bête innocente, qui est sans défense et de qui nous ne recevons aucune offense. […] Les naturels sanguinaires à l’endroit des bêtes témoignent une propension naturelle à la cruauté. 

Michel de Montaigne (1533-1592), écrivain et philosophe français. 

Plaidoyer fait au parlement des oiseaux,  les chambres assemblées, contre un animal accusé d’être Homme. […] l’Homme […] se rue sur nous,  pour nous manger ; il se fait accroire que nous n’avons été faits que pour lui ; il se prend, pour argument de sa supériorité prétendue, la barbarie avec laquelle il nous massacre et le peu de résistance qu’il trouve à forcer notre faiblesse […] il s’attribue tout joliment sur nous le droit de vie et de mort ; il nous dresse des embuscades, il nous enchaîne, il nous jette en prison, il nous égorge, il nous mange, et, de la puissance de tuer ceux qui sont demeurés libres, il fait un prix à la noblesse.

Cyrano de Bergerac (1619-1655), écrivain français. 

Il semble en effet que si je suis obligé de ne faire aucun mal à mon semblable, c’est moins parce qu’il est un être raisonnable que parce qu’il est un être sensible ; qualité qui, étant commune à la bête et à l’homme, doit au moins donner à l’une le droit de n’être point maltraitée inutilement par l’autre. […] On peu impunément égorger son semblable sous sa fenêtre ; il n’a qu’à mettre ses mains sur ses oreilles, et s’argumenter un peu, pour empêcher la nature qui se révolte en lui de l’identifier avec celui qu’on assassine. 

Jean-Jacques Rousseau (1712-1778), écrivain et philosophe suisse. 

Les souffrances d’un animal nous semblent des maux, parce qu’étant animaux comme eux, nous jugeons que nous serions fort à plaindre, si on nous en faisait autant. […] il n’est que trop certain que ce carnage dégoûtant, étalé sans cesse dans nos boucheries et dans nos cuisines, ne nous paraît pas un mal ; au contraire, nous regardons cette horreur, souvent pestilentielle, comme une bénédiction du Seigneur ; et nous avons encore des prières dans lesquelles on le remercie de ces meurtres. Qu’y a-t-il pourtant de plus abominable que de se nourrir continuellement de cadavre ? 

Voltaire (1694-1778), écrivain et philosophe français.

Les citations historiques en éthique animale sont toujours d'actualité.

Le jour viendra peut-être où le reste de la création animale pourra acquérir ces droits qui n’auraient jamais pu lui être refusés, sinon par la main de la tyrannie. Les Français ont déjà découvert que la noirceur de la peau n’est nullement une raison d’abandonner sans recours un être humain au caprice d’un tourmenteur. On reconnaîtra peut-être un jour que le nombre de jambes, la pilosité de la peau ou la terminaison de l’os sacrum sont des raisons tout aussi insuffisantes d’abandonner un être sensible au même destin. Qu’y a-t-il d’autre qui oblige à tracer la ligne infranchissable? Est-ce la faculté de raisonner, ou peut-être la faculté de discourir? Mais un cheval ou un chien adulte est, au-delà de toute comparaison, un animal plus raisonnable, mais aussi plus susceptible de relations sociales, qu’un nourrisson d’un jour ou d’une semaine, ou même d’un mois. Mais supposons que le cas ait été différent, qu’en résulterait-il? La question n’est pas « Peuvent-ils raisonner? », ni « Peuvent-ils parler? », mais « Peuvent-ils souffrir? ». 

Jeremy Bentham (1748-1832), philosophe et juriste anglais. 

Une compassion sans bornes qui nous unit avec tous les êtres vivants, voilà le plus solide, le plus sûr garant de la moralité : avec elle, il n’est pas besoin de casuistique. Qui la possède, sera bien incapable de causer du dommage à personne, de violenter personne, de faire du mal à qui que ce soit ; mais plutôt pour tous il aura de la longanimité, il pardonnera, il aidera de toutes ses forces, et chacune de ses actions sera marquée au coin de la justice et de la charité.

Arthur Schopenhauer (1788-1860), philosophe allemand. 

Si nous tentons de comprendre les souffrances d’un chat, ou d’un autre animal pris au piège, nous devons imaginer ce que cela serait d’avoir un membre écrasé durant toute une longue nuit entre les gens d’acide d’un piège, notre agonie étant accrue par nos incessantes tentatives de nous échapper. Peu d’hommes pourraient supporter de regarder pendant cinq minutes un animal piégé se débattant, avec un membre écrasé ou déchiqueté. […] Il est difficilement possible d’exagérer la souffrance ainsi endurée, la peur, la douleur aiguë d’animaux rendus fous par la soif et leurs vaines tentatives de s’échapper. […] Ceux qui réfléchissent à ce sujet pour la première fois se demanderont comment une telle cruauté a été permise pour se poursuivre à notre époque de civilisation ; et il ne faut pas douter que, si des hommes éduqués voyaient de leurs propres yeux ce qu’ils laissent faire, le système aurait pris fin il y a longtemps.

Charles Darwin (1809-1882), naturaliste anglais. 

Nous n’invoquerons en faveur des animaux ni la transmigration des âmes, ni la vie universelle, ni la fraternité d’origine, mais uniquement leur sensibilité semblable à la nôtre. Sous ce rapport, nous trouvons dans l’animal notre être ; en ses souffrances, nous voyons nos souffrances ; en ceux qui abusent de leur supériorité, de leur force pour torturer, une lâcheté et une cruauté menaçantes pour la société.

Pierre Larousse (1817-1875), écrivain et éditeur français. 

L’horreur que tout le monde éprouve sans doute pour les pires traitements imaginables, appliqués aux animaux, au profit prétendu de notre santé, – et celle-ci serait la pire chose que nous pussions posséder dans un monde sans coeur ! – cette horreur ne provoquerait-elle pas toute seule ce retour, ou bien faudrait-il commencer par nous montrer que cette utilité était erronée, sinon trompeuse, et qu’il s’agissait en vérité d’une vanité de virtuose ou de la satisfaction d’une curiosité stupide? Attendrions-nous que la vivisection humaine fît de nouveaux sacrifices à « utilité »?

Richard Wagner (1813-1883), compositeur et écrivain allemand.

La vivisection est un crime ; elle ne  peut s’excuser que par des hypothèses, et l’hypothèse en pareille matière est effroyable… La science qui a servi de prétexte est coupable.

Victor Hugo (1802-1885), écrivain français. 

On m’a souvent accusée de plus de sollicitude pour les bêtes que pour les gens : pourquoi s’attendrir sur les brutes quand les êtres raisonnables sont si malheureux? C’est que tout va ensemble, depuis l’oiseau dont on écrase la couvée jusqu’aux nids humains décimés par la guerre. […] Et le coeur de la bête est comme le coeur humain,  son cerveau est comme le cerveau humain, susceptible de sentir et de comprendre. 

Louise Michel (1830-1905), écrivaine et femme politique française. 

C’est horrible ! Horribles sont, non pas les souffrances et la mort des animaux, mais le fait que l’homme, sans aucune nécessité, fait taire en lui son sentiment élevé de sympathie et de compassion à l’égard des êtres vivants comme lui et devient cruel en se faisant violence. Et combien est profonde dans le coeur de l’homme la défense de tuer l’être vivant ! […] Mais l’exemple, l’encouragement de la voracité chez l’homme, l’affirmation que cela est admis par Dieu et surtout l’habitude conduisent les hommes à la perte complète de ce sentiment naturel. […] S’il cherche sérieusement et sincèrement la voie morale, la première dont l’homme se privera sera la nourriture animale ; car son usage est tout simplement immoral, car il exige une action contraire au sentiment de moralité – l’assassinat – et il n’est provoqué que par la gourmandise, la voracité.

Léon Tolstoï (1828-1910), écrivain russe. 

Cette phrase est une des citations historiques les plus connues en éthique animale.

Nous sommes légion, nous autres qui aimons les bêtes. Mais on doit compter aussi ceux qui les exècrent et ceux qui se désintéressent. De là, trois classes : les amis des bêtes, les ennemis, les indifférents. Une enquête serait nécessaire pour établir la proportion. Puis, il resterait à expliquer pourquoi on les aime, pourquoi on les hait, pourquoi on les néglige. Peut-être arriverait-on à trouver quelque loi générale. Je suis surpris que personne encore n’ait tenté ce travail, car je m’imagine que le problème est lié à toutes sortes de questions graves, remuant en nous le fond même de notre humanité.

Émile Zola (1840-1902), écrivain français. 

Le meurtre d’une vache et le meurtre d’un homme sont les deux côtés d’une même médaille. La vache est un poème de compassion. Quand je vois une vache, je ne vois pas un animal qui doit être mangé. Elle est pour moi un poème de pitié. Je lui rends un culte, et je défendrai devant le monde entier le culte qui lui est rendu. Je crois à la protection de la vache dans un sens beaucoup plus large que celui qu’on lui donne actuellement. La protection de la vache n’est pas simplement la protection de la vache. C’est la protection de toute vie, de tout ce qui dans le monde est faible et impuissant. La protection de la vache signifie fraternité des hommes et des bêtes. La protection de la vache signifie la protection de toutes les créatures muettes créées par Dieu. Les espèces inférieures nous adressent un appel d’autant plus puissant qu’il est muet. 

Gandhi (1869-1948), philosophe, avocat et politicien indien. 

Leurs tortures de tous les jours et leur sacrifice pour le bien de l’humanité se déroulent loin de tout et en cachette ; mais leur souffrance est bien là, plus grande qu’on ne l’imagine. On a souvent tenté d’attirer l’attention sur cet ensemble d’idées, mais elles sont loin d’avoir pénétré dans les esprits. […] Le comportement des animaux fait partie intégrante du comportement humain authentique et [il faut] ébranler sa bonne conscience à l’idée de sa responsabilité dans les souffrances dont il est témoin ou qu’il accepte de faire subir. Par ailleurs, il arrive que les hommes se laissent trop facilement décourager à la pensée que l’individu isolé ne peut rien faire, et ils en viennent, comme la plupart d’entre nous, à vouloir fermer les yeux et se boucher les oreilles pour ne plus rien savoir de ces misères : ils ont l’impression qu’en leur tournant le dos dans leur vie de tous les jours, elles existent moins réellement. Ce point de vue est faux et lâche.

Albert Schweitzer (1875-1965), médecin, théologien, philosophe et musicien français, prix Nobel de la paix (1952).