
L’éthique animale n’a pas qu’une dimension théorique. C’est avant tout une discipline avec une dimension appliquée dont le but est de protéger les animaux. Voyons comment un programme d’éducation à l’éthique animale peut y contribuer.
1. Sensibiliser aux problèmes éthiques
La première raison d’être de l’éducation à l’éthique animale est d’expliquer aux enfants pourquoi il faut protéger les animaux. Les informer des conditions dans lesquelles vivent et meurent les animaux que nous utilisons pour nos désirs les sensibilise aux problèmes éthiques qui en découlent.
Par exemple, la pratique de séparer les veaux de leur mère dans les élevages de vaches laitières, et les souffrances émotionnelles qui s’ensuivent, n’est généralement pas connue du public. Sans cette information, on peut aisément penser à tort que le bien-être d’une vache broutant dans un pré a été respecté, et que la consommation de produits laitiers n’est pas synonyme de maltraitances.
2. Développer l’empathie
L’empathie est la capacité à ressentir les émotions d’un autre être vivant, humain ou non-humain.
C’est d’abord par empathie que le sentiment de vouloir protéger les animaux naît.
On distingue deux dimensions à l’empathie. Une dimension affective spontanée, lorsque nous percevons la situation et les sentiments d’autrui à travers ses expressions, son comportement, son regard. Une dimension cognitive intentionnée, quand on se met à la place de l’autre mentalement, soit en imaginant ce qu’il ressent, soit en imaginant ce que nous ressentirions à sa place.
En révélant aux enfants les problèmes éthiques liés aux relations humains-animaux, on développe leur empathie pour les animaux.

3. Étoffer ses connaissances en éthologie
L’éducation à l’éthique animale apporte des connaissances en éthologie, qui est l’étude du comportement des animaux.
Alors qu’au temps de Descartes on affirmait que les animaux ne ressentaient rien et étaient similaires aux machines, on ne peut aujourd’hui plus nier les capacités cognitives et la sentience des animaux.
Les études ne cessent de démontrer l’intelligence des animaux, de décrire les émotions positives et négatives qu’ils ressentent, et de prouver qu’ils ont une conscience, y compris ceux qui semblent les plus éloignés de nous. En effet, on sait par exemple que le cerveau des insectes leur donne la capacité d’avoir des expériences subjectives, c’est-à-dire une forme simple de conscience.
De plus, une étude de 2020 du European Journal of Social Psychology a montré que nous avons tendance à condamner la consommation d’un animal si nous avons des informations sur ses émotions (e.g., l’animal peut ressentir de l’amour), sa morale (e.g., l’animal peut partager sa nourriture avec d’autres), son empathie (e.g., l’animal peut ressentir la souffrance des autres), ses relations sociales (e.g., l’animal recherche les membres décédés de sa famille), et son statut de patient moral (e.g., l’animal peut souffrir).
Donc mieux connaître un animal favorise l’adoption de comportements positifs envers les animaux. On protège mieux ce que l’on connaît.
4. Étoffer ses connaissances en écologie
L’éthique animale ne se limite évidemment pas aux animaux domestiques, mais concerne aussi la faune sauvage. Protéger les animaux sauvages nécessite des connaissances simples en écologie.
Comprendre que tous les éléments des écosystèmes sont liés, à la fois à l’échelle locale et à l’échelle planétaire, permet d’appréhender les enjeux de la destruction de la biodiversité, c’est-à-dire de milliards d’êtres vivants sentients.
De plus, de nombreuses activités impliquant des animaux domestiqués ont un impact sur l’environnement. Par exemple, l’agriculture, dont l’élevage, est le 2e facteur responsable du dérèglement climatique.

5. Amorcer le cercle vertueux n°1
Une fois que les enfants sont sensibilisés à un des aspects de la condition animale, il leur est plus facile de faire le parallèle avec des problématiques similaires : par exemple, la captivité des animaux d’élevage peut être comparée avec la captivité des animaux des zoos ou celle des animaux de compagnie.
Les connaissances en éthologie et en écologie contribuent à ce cercle vertueux en développant leur capacité d’analyse systémique.
6. Amorcer le cercle vertueux n°2
Les enfants constituent un formidable levier pour sensibiliser les adultes. En effet, ils partagent leurs découvertes et leurs réflexions avec leurs parents. Toute la famille peut alors agir positivement pour les animaux, par exemple en adoptant un régime alimentaire végétalien après avoir été informés des conditions de vie des animaux d’élevage.
7. Découvrir les acteurs associatifs
Grâce à l’éducation à l’éthique animale, les enfants apprennent comment protéger concrètement les animaux, notamment à travers des exemples issus du travail des associations. Se rendre compte des moyens d’action pour protéger les animaux est porteur d’espoir et les encourage à s’impliquer davantage.
8. Alerter sur les maltraitances
Forts de leurs connaissances sur les besoins des animaux et les problèmes éthiques liés à leur exploitation, les enfants sont plus attentifs aux critères définissant le bien-être animal. Ils peuvent ainsi signaler plus facilement les cas de maltraitances aux autorités ou aux associations.
9. S’engager bénévolement
En découvrant comment agissent les associations de protection animale, les enfants appréhendent les différents moyens d’action qui existent pour mettre la main à la patte. Ils peuvent alors choisir de devenir bénévole pour une association qui leur tient à coeur, ou aider un refuge, et donner un sens à leurs activités extra-scolaires.
10. Devenir acteurs de changement
L’éducation à l’éthique animale est idéale pour trouver des solutions aux problèmes auxquels font face les animaux. Dans le cadre de projets de service communautaire, les enfants deviennent alors de véritables acteurs de changement. De plus, ils acquièrent de nombreuses compétences multidisciplinaires telles que le sens de l’organisation, rechercher des informations, communiquer, etc.

Toutes ces applications concrètes d’un programme d’éducation à l’éthique animale sont interconnectées, et font partir d’un cercle vertueux plus large. Par exemple, avoir plus de connaissances sur la vie émotionnelle des animaux augmente l’empathie qui elle-même favorise les actions en faveur de la protection des animaux.
Références
Barron A. & Klein C. (2015) What insects can tell us about the origins of consciousness. PNAS, 113 (18) 4900-4908.
Decety J. (2005) Une anatomie de l’empathie. PSN 3, 16.
Hötzel M. et al. (2017) Citizens’ views on the practices of zero-grazing and cow-calf separation in the dairy industry: Does providing information increase acceptability? J. Dairy Sci. 100:4150–4160.
Leach S, et al. (2021) When is it wrong to eat animals? The relevance of different animal traits and behaviours. Eur J Soc Psychol. 51:113–123.