
La présence de rats en ville est considéré comme un enjeu majeur dans de nombreuses villes du monde entier. Ces rongeurs peuvent causer des dommages importants aux infrastructures urbaines, ainsi qu’à la santé publique. Il est donc crucial de trouver des solutions éthiques pour favoriser une cohabitation harmonieuse entre les humains et les rats en ville.
Origine des rats en Europe
Il existe deux espèces de rats qui sont couramment trouvées dans les villes européennes: le rat noir (Rattus rattus) et le rat brun (Rattus norvegicus). Les deux espèces sont originaires d’Asie, mais ont été introduites en Europe à plusieurs reprises au cours de l’histoire, principalement par le biais du commerce maritime. Les rats noirs, ont été introduits par les Phéniciens il y a environ 2 500 ans. Plus tard, au XVIIIe siècle, les rats bruns ont été introduits en Europe via les ports de mer et les bateaux commerciaux. Les rats ont prospéré dans les villes européennes en raison de la disponibilité en nourriture et en abris, ce qui a contribué à leur expansion rapide et à leur succès en tant qu’espèce invasive.
Intelligence et émotions chez les rats
Les rats sont des animaux très sociaux. Ils vivent en colonies où ils prennent soin les uns des autres. Ils ont une hiérarchie sociale complexe et sont capables de communiquer entre eux à l’aide de signaux sonores et chimiques.
Des capacités cognitives complexes
Les rats ont des capacités cognitives remarquables. En effet, des chercheurs ont montré que les rats étaient capables de résoudre des problèmes complexes et d’apprendre de nouvelles tâches à un rythme similaire à celui des primates. Par exemple, des rats ont été entraînés à appuyer sur des leviers pour obtenir de la nourriture, à reconnaître des formes géométriques et à utiliser des outils pour atteindre leur nourriture. Ils ont également une mémoire remarquable, capable de se rappeler des parcours complexes pendant plusieurs jours. Les chercheurs ont également observé que les rats étaient capables de généraliser leurs connaissances à des situations nouvelles, ce qui suggère une intelligence et de flexibilité mentale.
De plus, des études ont examiné la douleur chez les rats en utilisant des tests de réaction à la douleur. Les rats ont été soumis à des stimuli douloureux, tels que des chocs électriques, et leur réponse a été mesurée. Les chercheurs ont constaté que les rats présentaient des réponses similaires à celles des humains, telles que l’hypersensibilité et l’effet placebo. Cette étude suggère que les rats peuvent ressentir de la douleur de manière similaire à celle des humains.
Des capacités d’empathie et de compassion
En termes d’émotions, les rats ont un large éventail de comportements, allant de la joie à la tristesse et même à la compassion.
Des études ont montré que les rats peuvent ressentir de l’empathie envers leurs congénères, et qu’ils peuvent être affectés émotionnellement par des situations stressantes ou traumatiques.
Par exemple, une étude menée par des chercheurs de l’Université de Chicago a montré que les rats sont capables de ressentir de l’empathie envers leurs congénères souffrant. Les chercheurs ont placé deux rats dans des cages séparées, l’un recevant des décharges électriques et l’autre non. Les rats qui ne recevaient pas de chocs électriques ont choisi d’ouvrir la porte de leur cage pour aider leur compagnon en détresse, même s’ils ne pouvaient pas bénéficier directement d’une récompense. Les rats ont montré d’autres signes d’empathie, tels que le léchage de leur congénère pour le réconforter.
Dans une autre expérience, un rat était placé dans une cage avec un autre rat dans une cage séparée. La cage du deuxième rat avait une porte qui pouvait être ouverte de l’extérieur, mais pas de l’intérieur. Les chercheurs ont constaté que les rats ont rapidement appris à ouvrir la porte pour libérer leur compagnon en détresse. De plus, ils ont également observé que les rats qui avaient été libérés étaient plus enclins à libérer un autre rat par la suite.
Ces études suggèrent que les rats sont capables de ressentir de l’empathie et de compassion envers leurs congénères en souffrance.
Des capacités à ressentir des émotions négatives et positives
D’autres études ont également montré que les rats peuvent être affectés émotionnellement par des situations stressantes ou traumatiques. Une étude menée par des chercheurs de l’Université d’Édimbourg a montré que les rats peuvent souffrir de stress chronique, ce qui a des conséquences néfastes sur leur santé mentale et physique.
Une étude menée par des chercheurs de l’Université d’Édimbourg a montré que les rats soumis à un stress chronique présentaient des comportements dépressifs similaires à ceux observés chez les humains. Dans cette étude, les rats ont été soumis à un stress chronique en étant placés dans des cages surpeuplées et exposés à des bruits forts et répétitifs pendant plusieurs semaines. Les chercheurs ont alors observé des signes de désespoir, de retrait social et d’anxiété. De plus, ces rats ont également subi des changements dans leur structure cérébrale, en particulier dans les régions associées à la mémoire et à l’apprentissage. Cela montre que le stress chronique peut avoir des effets durables sur le cerveau et le comportement des rats.
Enfin, une étude menée par des chercheurs de l’Université de l’Illinois a montré que les rats pouvaient ressentir de la joie. Les chercheurs ont exposé un groupe de rats à des situations agréables, telles que la découverte d’une nouvelle aire de jeu, la présence de nourriture ou de jouets, et un autre groupe dans des situations désagréables, telles que la douleur ou l’isolement social, et ont observé leur comportement et enregistré les ultrasons émis par les rats pour mesurer leur réponse émotionnelle.
Les chercheurs ont constaté que les rats émettaient des ultrasons spécifiques et montraient des signes de joie, tels que des sauts de joie et des vocalisations aiguës lorsqu’ils étaient dans des situations positives, ce qui suggère qu’ils éprouvaient de la joie. Au contraire, lorsque les rats étaient séparés de leurs compagnons, ils émettaient des ultrasons distincts qui suggèrent un sentiment de détresse et de tristesse.
Une stigmatisation injustifiée
Malheureusement, les rats ont une mauvaise réputation qui les poursuit. Les gens les associent souvent à la saleté et à la maladie, même s’ils n’ont pas de lien direct avec la propagation de maladies.
Mais cette stigmatisation n’est pas justifiée. Les rats ne sont pas intrinsèquement nuisibles ou sales, ils s’adaptent simplement à leur environnement. Les villes modernes offrent aux rats une source de nourriture abondante et un habitat idéal, favorisant leur reproduction rapide.
De plus, les rats ne sont pas des vecteurs directs de maladies pour l’homme. En effet, les maladies sont transmises par les puces ou les tiques qui infestent les rats. Cependant, les rats sont des animaux qui vivent dans des environnements insalubres, tels que les égouts, les décharges et les tas d’ordures, ce qui les expose à des agents pathogènes et à des bactéries potentiellement dangereuses pour l’homme.
Cette perception négative a conduit à une utilisation généralisée de poisons et de pièges qui causent une souffrance inutile et souvent prolongée.
Cependant, nous devons reconnaître que les rats sont des êtres sentients, capables de ressentir la douleur et de souffrir. Par conséquent, il est inacceptable de traiter ces animaux de manière cruelle.
Des méthodes de gestion traditionnelle immorales
Les raticides sont des produits toxiques couramment utilisés dans la lutte contre les populations de rats en ville. Selon l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES), en France, environ 2 500 tonnes de raticides sont utilisées chaque année, et environ 80 % de ces produits sont utilisés en milieu urbain.
Les rats qui ingèrent des raticides ressentent une douleur et des souffrances intenses avant de mourir. Selon l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE), les raticides provoquent une mort lente et douloureuse chez les animaux, ce qui peut durer plusieurs jours. Les rats empoisonnés souffrent de douleurs abdominales, de vomissements, de diarrhées, de convulsions, de tremblements, d’arythmies cardiaques et de dyspnée. En outre, les raticides peuvent avoir un effet cumulatif, ce qui signifie que les doses répétées de poison peuvent s’accumuler dans les tissus des animaux, augmentant ainsi leur souffrance et leur mort.
Des victimes collatérales
D’autres animaux peuvent également ingérer ces poisons destinés à tuer les rats.
Selon l’ANSES, en France, plus de 500 cas d’intoxications accidentelles d’animaux domestiques sont recensés par an, dont 85 % étaient liés à l’utilisation de raticides. Les chats et les chiens sont les principales victimes de ces intoxications car ils peuvent être attirés par l’odeur et le goût des appâts empoisonnés.
Les animaux sauvages peuvent également être victimes des poisons à rats, soit en ingérant directement les appâts, soit en mangeant des rats empoisonnés. Ces poisons peuvent causer des effets secondaires graves, voire la mort, chez ces animaux non cibles.
Par exemple, une étude a évalué l’exposition des hérissons à la bromadiolone, un raticide anticoagulant, dans la région parisienne en France. Les résultats ont montré que près de 80 % des hérissons examinés étaient positifs aux résidus de bromadiolone, avec des taux de contamination élevés chez certains individus.
D’autres études ont identifié plus de 20 espèces animales empoisonnées par des raticides, telles que les fouines, martres, écureuils, renards, blaireaux, chats sauvages, musaraignes, buses, chouettes et pics.
Un impact négatif sur l’environnement
En plus d’avoir un impact négatif sur les individus et la biodiversité, l’utilisation de raticides peut également avoir des conséquences sur l’environnement en contaminant les sols, les eaux souterraines et les cours d’eau.
Par exemple, des traces de raticides ont été détectées dans les cours d’eau de plusieurs villes françaises. De plus, l’analyse d’échantillons de sol prélevés dans des parcs publics de la ville de Barcelone a montré que plus de la moitié des échantillons étaient contaminés par des raticides. Enfin, une étude sur la présence de raticides dans des échantillons d’eau de surface prélevés dans des zones agricoles de Californie a montré que la plupart des échantillons étaient contaminés par des raticides, souvent en concentrations très élevées.
Les raticides peuvent être transportés par les eaux de pluie, les rivières et les nappes phréatiques, ce qui peut entraîner une contamination à long terme de l’environnement et causer des effets toxiques sur les animaux aquatiques et les prédateurs qui en dépendent.
Des solutions éthiques pour une cohabitation harmonieuse en ville
Plusieurs villes en Europe et dans le monde ont mis en place des solutions éthiques pour gérer les populations de rats. En voici des exemples :
- Gestion des déchets alimentaires : Berlin, New York, Paris, Marseille, Lille, Nantes, Strasbourg
- Construction de poubelles étanches : Berlin, New York
- Sensibilisation du public : Berlin, New York, Paris, Marseille, Nantes, Strasbourg
- Piégeages non létaux : Berlin, New York, Vancouver, Marseille, Lille, Nantes, Strasbourg, Genève
- Stérilisation : Berlin, New York, Rome, Genève, Vancouver, Paris
- Désinfection des sites d’infestation : Genève
En conclusion, il est important que d’autres villes suivent ces exemples et adoptent des solutions éthiques pour gérer les populations de rats en ville. En effet, il est temps de changer notre perception des rats, de ne plus les stigmatiser comme des nuisibles ou des vecteurs de maladies, mais plutôt de les traiter avec compassion et compréhension et de reconnaître leur intelligence, leurs émotions et leur capacité à souffrir, pour garantir leur bien-être et notre cohabitation harmonieuse.
Références
Étude de l’université de Chicago sur l’intelligence des rats : https://news.uchicago.edu/story/why-rats-are-smarter-you-might-think
Étude de l’université de Chicago sur la mémoire des rats : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4166665/
Étude sur l’empathie des rats menée par l’université d’Amsterdam : https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S096098221931160X
Étude sur l’empathie des rats menée par l’université de Chicago : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4820092/
Étude sur les effets du stress chronique sur les rats menée par l’université d’Édimbourg : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3189531/
Étude sur l’impact du jeu sur les émotions des rats menée par l’université de Chicago : https://www.sciencedaily.com/releases/2017/06/170601135557.htm
« Integrated Pest Management Program. » New York City Department of Health and Mental Hygiene. https://www1.nyc.gov/site/doh/health/health-topics/pest-control.page
« Rats in Berlin: the success of a rat control campaign. » European Centre for Disease Prevention and Control. https://www.ecdc.europa.eu/sites/default/files/media/en/publications/Publications/rats-in-berlin-rapid-risk-assessment.pdf
« Gestion des populations de rats à Genève. » Ville de Genève. https://www.ville-geneve.ch/fileadmin/public/Departement_3/documents/PDF/Information_Chiens/Situation_sanitaire/rats.pdf
« La gestione integrata delle infestazioni di ratti a Roma Capitale. » Comune di Roma. https://www.comune.roma.it/web/it/canali-tematici/ambiente/ecologia-e-gestione-territoriale/la-gestione-integrata-delle-infestazioni-di-ratti-a-roma-capitale.page
Fauconnier, M.L., Delattre, P., Blot, F., Michelet, L., Coeurdassier, M., & Scheifler, R. (2017). Évaluation de l’exposition des hérissons (Erinaceus europaeus) à la bromadiolone en région parisienne. Revue d’écologie (Terre et vie), 72(3), 252-259.